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Comment prévenir les arrêts d’entreprises (rentables) ?

10 juin 2021
Comment prévenir les arrêts d’entreprises (rentables) ?

Régulièrement de grandes entreprises nationales ou des multinationales décident l’arrêt d’une filiale ou d’une activité en région pour des motifs soit disant économiques et de rentabilité. Récemment la fermeture de l’usine Bridgestone de Béthune dans les Hauts-de-France a été décidée par son propriétaire japonais en raison de la concurrence asiatique moins chère, laissant plus de 860 salariés sans avenir.

Aujourd’hui, en Bretagne, Renault constructeur automobile national, dont l’État est actionnaire, s’apprête à se séparer de plus de 400 salariés pour des motifs purement industriels, disent-ils, à savoir la faible utilisation de pièces de fonderie dans les véhicules électriques, attendus pour renouveler le parc automobile actuel. En effet, pour les alléger, ces véhicules contiennent moins de fer et d’acier, pour compenser le poids des batteries au lithium déjà très lourdes.

La vraie raison est plus complexe. Il est certain que le motif industriel est avéré puisque ces véhicules consomment plus d’aluminium et de cuivre que d’acier. Néanmoins, du fait de la baisse du besoin en métal auprès des fonderies traditionnelles, le constructeur préfère délocaliser son usine vers des pays à main d’œuvre moins chère plutôt que d’investir dans son usine bretonne pour l’adapter à de nouveaux marchés. Et malheureusement, Renault comme nombre d’entreprises du CAC40, doit satisfaire les appétits de ses actionnaires.

Il est facile de comprendre qu’à cause de l’apparition de nouvelles technologies ou de nouveaux matériaux, des processus industriels deviennent obsolètes. Mais, il est indigne d’envisager de considérer comme variable d’ajustement, des centaines de salariés qui font les frais d’une absence d’anticipation face à ces changements.

L’anticipation, c’est justement la clé du problème. Les techniques ou technologies ont une durée de vie et un cycle de vie, les modèles économiques aussi. Ainsi, l’effondrement du modèle agricole lié à l’agroalimentaire qui a eu lieu en 2013, avec la fermeture de l’usine Gad de Lampaul-Guimiliau laissant sur le coté plus de 800 salariés dans le Nord–Finistère reste un traumatisme encore perceptible dans ces territoires. À l’époque, les élus et les politiques n’ont fait que constater les conséquences d’un modèle en fin de vie.

Alors comment une région peut-elle aider les entreprises en difficulté dont le licenciement des effectifs est susceptible de déstabiliser un territoire entier, à anticiper les changements technologiques, de modèle économique, ou les retournements de conjoncture ?

Certes, les entreprises privées sont libres de leur stratégie. Mais l’absence d’anticipation, d’investissement, ou les erreurs stratégiques des grandes entreprises obligent les collectivités locales et territoires à prendre en charge les dégâts humains, financiers et industriels consécutifs.

Or, la Région Bretagne dispose de services et d’agences qui étudient les conjonctures économiques et les filières, qui accompagnent les entreprises et proposent un travail de prospective pour connaître les prochaines technologies, les prochains gisements d’emplois.

Les régions sont donc concernées puisqu’elles finissent toujours par compenser financièrement ces absences d’anticipation et les mauvais choix potentiels en matière de stratégie industrielle. Une région doit pouvoir alerter les entreprises sur ces aléas, et les accompagner pour qu’elles effectuent, en concertation, leur transition économique ou industrielle, et ainsi préserver les emplois et les vies des personnes qui ont fait le choix de vivre et travailler en Bretagne. 

L’appui des collectivités locales aux entreprises doit se faire dans le cadre d’un partenariat solidaire, centré sur les intérêts des territoires et de leurs habitants, qui inclut les indispensables anticipations sur l’avenir.

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