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La mer pour aventure par Anne Quéméré

14 mars 2021
La mer pour aventure par Anne Quéméré

Je les ai aperçus de loin, froissant la surface calme des eaux de l’Atlantique, là où mon regard s’était perdu. J’ai d’abord pensé à quelque hallucination. Après ce premier mois arc-boutée sur mes avirons, la fatigue se fait durement ressentir. Mais les silhouettes prennent peu à peu forme sous la lumière timide de ce matin de juillet. Elles sont bien réelles. J’en compte une douzaine, un peu plus peut-être, qui progressent avec aisance dans le courant du Gulf Stream et se dirigent nonchalamment vers moi. Ici, écouter et regarder sont des occupations à plein temps alors, je saisis mes jumelles et prends tout mon temps pour observer les dos ronds et luisants, d’un noir profond qui fendent la surface de l’eau. Les souffles hauts et puissants éructent de petits nuages de vapeur qui semblent rythmer l’allure paisible des cétacés. 

Je les entends nettement maintenant. Ils sont là, à quelques encablures de mon embarcation et je me laisse toute entière happer par cette soudaine apparition. Rien ne me semble plus parfait que cet instant, plus harmonieux que le spectacle de ces paisibles globicéphales indifférents à ma présence.  Ils m’hypnotisent et j’en oublie aussitôt le vaste désert de solitude qui m’entoure depuis plusieurs semaines, le froid humide qui ronge ma peau et ce furieux coup de vent qui m’a éreintée au cours des trois dernières journées. Ô temps suspend ton vol, ici et maintenant ! Moment propice à la contemplation. Je n’ai jamais goûté depuis mon départ à l’aviron et en solitaire des États-Unis à semblable ravissement. A cet instant, je souhaiterai presque que ce voyage ne finisse jamais.

Évanouis soudain, lassitude et épuisement, mes sombres pensées de la veille ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir. Cette rencontre fugace est un véritable don du ciel, un cadeau que la Nature m’offre après m’avoir fait endurer l’une de ses plus implacables colères.  Pendant soixante douze interminables heures je suis restée cloîtrée dans ma cabine, tétanisée par la violence des coups portés sur la légère coque de ma petite embarcation. Dehors, l’océan encouragé par de furieuses rafales se déchaînait, tandis que des montagnes d’eau faisaient chavirer mon frêle esquif à plusieurs reprises. Mes maigres repères volaient en éclat . Balayées par le vent qui en arrachait l’écume, les vagues immenses en me cueillant me renvoyaient de plein fouet l’image de ma fragilité. Et pendant ces trois jours, une question ne cessait de me hanter : arriverais-je un jour à destination ? Allais-je un jour apercevoir sur la ligne d’horizon les côtes bretonnes ? 

J’ai compté chaque heure de cette lutte inégale, égrené chacune de ces minutes insupportables avec le sentiment d’endurer l’éternité. J’avais oublié que dans ces moments-là, le temps ne s’écoule pas, il s’étire et qu’au bout de la patience, il y avait la terre. Il m’a fallu un peu de temps avant de comprendre qu’ici, seule au beau milieu de l’océan, à des milliers de kilomètres de la première terre, il fallait que je m’adapte, que je laisse tomber mes résistances, que j’anticipe en permanence et que je fasse le dos rond parfois en attendant l’accalmie. Au cœur de cette violence destructrice, on ne peut supporter ces heures sombres qu’avec une profonde humilité. Car si à l’ère de notre société hyper-connectée nous nous croyons souvent immortel parmi les mortels, nous ne sommes bel et bien que de passage ici. La mer est là pour nous le rappeler à chaque instant. Et cette confrontation avec la réalité dans ce qu’elle a de plus authentique est certes, une véritable épreuve, mais elle nous ramène à nous-même, à cet être vivant et alerte qui sommeille en chacun de nous. En nous permettant de reculer les limites de l’impossible elle nous démontre que tout défi devient possible dès lors que nous faisons appel à nos ressources pour avancer. La conscience des difficultés doit être bien réelle, mais elle ne doit en aucun cas nous réduire à l’impuissance.

Nous sommes aujourd’hui de plus en plus conscients des risques que nous courrons et de l’ampleur des challenges à relever. Peut-être devrions-nous garder à l’esprit qu’il suffit parfois de changer notre regard pour renouer avec notre vraie nature, donner du sens à nos actes et retrouver des raisons d’espérer. Les véritables trésors ne sont jamais là où on les attend. 

Anne Quéméré – Mars 2021

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Accord programmatique

Les Bretonnes et les Bretons qui sont allés voter dimanche ont validé le projet proposé par Loïg Chesnais-Girard et ont aussi exprimé leur volonté de voir l’écologie issue d’une dynamique citoyenne prendre une place plus importante.

Loïg Chesnais–Girard pour la liste La Bretagne avec Loïg et Daniel Cueff pour la liste Bretagne ma vie ont élaboré un accord qui s’appuie sur des dynamiques communes qui enrichissent le projet initial.

Cet accord concerne les apports spécifiques de Bretagne ma vie :

  • Un plan de refus de la misère et la précarité.
  • Une alimentation durable pour les lycées.
  • Une politique de santé et de sécurité sanitaire.
  • Un « Plan Marshall des langues ».
  • Une politique maritime globale.
  • Une accélération de la recherche de solutions avec les agriculteurs.
  • Un plan « abeilles ».
  • Une politique massive de rénovation thermique de l’habitat breton.
  • Un office foncier régional solidaire.
  • Création d’un indicateur économique alternatif au PIB.
  • Un plan mobilité global.
  • Une Chambre citoyenne régionale.

Daniel Cueff 

Loïg Chesnais Girard