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Le défi énergétique Breton Ivan Saillard – Daniel Cueff

2 avril 2021
Le défi énergétique Breton Ivan Saillard – Daniel Cueff

En 2020, la région Bretagne est toujours fortement déficitaire en énergie, est-ce grave docteur ? 

Le « déficit énergétique breton » régulièrement pointé par les observateurs du secteur ne devrait pas être un sujet de préoccupationdans un pays où notamment, le système électrique est principalement géré techniquement et économiquement à l’échelle nationale. Pourtant, à l’heure de la transition énergétique, l’avenir se prépare dans toutes les régions françaises dans un climat de compétition territoriale pour l’attractivité industrielle. Dans un tel contexte, le volume de ressources énergétiques décarbonées disponible sur place est un argument de poids. En dépit d’un handicap originel relatif, la région Bretagne dispose des atouts naturels et humains pour prendre pleinement sa place dans la course à la préparation du futur énergétique de la planète. 

La région Bretagne, à 4 départements, ne couvre que 10% de ses besoins en énergie et 18,7% de ses besoins en électricité

L’Observatoire de l’Environnement en Bretagne (OEB) publie chaque année les « chiffres clés de l’énergie en Bretagne ». L’édition 2020 de cet excellent rapport, dont la précision s’affine chaque année, confirme ce qui est devenu au fil des ans un véritable « marronnier » pour journalistes en mal d’inspiration : la région Bretagne figure parmi les régions françaises les plus dépendantes des apports extérieurs pour ce qui concerne ses consommations énergétiques. Ainsi peut-on y lire que la région ne produit sur son sol que 10% de ses besoins totaux en énergie. En ce qui concerne l’électricité qui représente 27% de cette énergie consommée, la Bretagne assure 18,7 % de ses besoins en énergie électrique, ces derniers se montant à 21,3 Twh (*) en 2020, les premiers postes de production électrique « bretonne » étant l’éolien terrestre (1,9 Twh sur 112 parcs) et l’usine marémotrice de La Rance (0,9 Twh). 

Bien que cette part de couverture des besoins de la région par des productions autochtones, 18,7% pour l’électricité en 2020, progresse chaque année, elle reste durablement portion congrue, ce qui ne manque pas d’alimenter périodiquement les commentaires d’observateurs plus ou moins au fait des réalités du secteur énergétique. 

L’équilibrage technique et économique des flux électriques géré à l’échelle nationale garantit aux habitants et aux activités de toutes les régions françaises un accès uniforme à l’énergie électrique 

En effet, l’essence même de l’économie domestique du pays ne repose-t-elle pas sur la complémentarité des ressources des différentes régions qui la composent ? La région Bretagne, largement pourvoyeuse en produits agroalimentaires issus de la terre et de la mer par exemple, ne peut-elle pas par ailleurs se reposer sur les apports des autres régions pour ses besoins énergétiques ? Le haut niveau de performance technique et économique des grands réseaux de RTE et Enedis l’y a autorisé jusqu’à ce jour sans problème majeur, même si sa géographie péninsulaire et son climat venteux exigent vigilance, innovation et technicité de la part des gestionnaires de réseaux. De plus, la règle française de la péréquation des tarifs d’électricité permet à l’économie de la région de n’être aucunement pénalisée par son « déficit énergétique » persistant et chacun s’en félicite. 

Les régions richement dotées en ressources énergétiques sont à l’offensive dans la course à l’attractivité des industries d’avenir 

Pourtant force est de constater que discrètement mais très efficacement, les grandes régions énergétiques françaises tirent avantage de leurs atouts, notamment dans la course à l’attractivité des implantations industrielles électro-intensives. Ainsi, par exemple, les régions richement dotées en énergie hydroélectrique ou nucléaire que sont les régions Occitanie, Auvergne Rhône-Alpes, Hauts de France ou Normandie se montrent-elles particulièrement offensives pour accueillir des sites de production d’hydrogène décarboné, des data-centers ou pour développer la mobilité électrique à grande échelle. 

A l’aube de la révolution du secteur que constitue la transition énergétique, la région Bretagne qui partait quasiment d’une « feuille blanche » au début des années 2000, est donc aujourd’hui à la croisée des chemins. Les promesses de l’éolien off-shore, ou des énergies marines en général, suffiront-elles à augmenter significativement l’autonomie de la région ? Là encore la réalité des chiffres s’impose : la mise en service du parc de la baie St Brieuc, prévue pour 2023, injectera selon le rapport de l’OEB 1,85 TWh chaque année, ce qui augmentera de plus de 8 points le taux de couverture des besoins régionaux, de 18,7% à près de 27%, mais ce taux de couverture n’en restera pas moins durablement inférieur à 50%, pour un effort économique important (2,5 mds euros) et une difficile concertation avec les acteurs locaux. 

Parmi les différents enjeux et urgences qui conditionnent le destin de la région, et qui seront largement débattus à l’occasion des prochaines élections régionales, la question du « déficit énergétique » ne figurera probablement pas parmi les questions vitales compte tenu de la qualité des infrastructures nationales et des mécanismes de solidarité territoriale façonnés par l’histoire séculaire du secteur électrique français. Elle n’en reste pas moins une question stratégique pour la préparation de l’avenir industriel et technologique de la région.

Le déficit énergétique de la Bretagne à 4 départements constitue un enjeu stratégique pour le futur de la région, qui veut prendre toute sa part dans les réponses au défi climatique planétaire 

A cet égard et en préalable à toute réflexion prospective sur la situation énergétique de la région il convient d’affirmer deux constats : 

Pour qui raisonne en ingénieur et en géographe, la réalité impose de prendre en compte l’existence du complexe énergétique de Nantes-St Nazaire dans l’analyse de la situation énergétique bretonne. Comprenant une raffinerie, des terminaux de combustibles (méthanier, charbonnier, bois), une centrale électrique au charbon (pouvant être convertie en biomasse), un poste de transformation électrique à 400 kV et une usine de production de nacelles et de génératrices d’éoliennes off-shore, ce site majeur de la Loire-Atlantique est à la source, de fait, de la quasi-totalité des approvisionnements énergétiques de la Bretagne à 4 départements. Son devenir et les choix qui y seront effectués doivent faire partie intégrante de la réflexion prospective bretonne, de ce point de vue, les frontières administratives régionales ne sont pas pertinentes. 

Autre constat structurant : l’impressionnante montée en compétence des acteurs régionaux sur les questions énergétiques. Pour qui observe depuis une vingtaine d’années les débats, initiatives, communications sur la question énergétique régionale, il apparait un changement radical de décor : élus locaux, universitaires, entrepreneurs, étudiants, associations etc… se sont tous emparés des enjeux énergie-climat pour y prendre une part active et y investir massivement, temps, argent et matière grise. Ces acteurs locaux sont aujourd’hui bien placés pour prendre toute leur place au cœur de la préparation du futur énergétique de la région. Parmi les innombrables marqueurs de cette évolution historique on peut citer l’émergence du projet SMILE (un des deux projets en France labellisés « investissements d’avenir » et consacrés aux Smart Grids) ou la réussite de la société quimpéroise Sabella, leader dans les énergies marines, dont on apprend qu’elle vient de signer un accord stratégique avec General Electric. 

(*) : TWh = milliards de kWh.


Ivan Saillard (Texte publié dans le monde de l’énergie)

Vers un projet énergétique breton

Ivan Saillard met en lumière  l’investissement considérable et assez récent des acteurs locaux bretons dans la prise  en compte de la question énergétique dans  leurs politiques. Il en est ainsi des collectivités et communes de Bretagne qui, à la faveur de la loi de transition énergétique de 2017 sont devenues potentiellement  productrices d’électricité. L’île de Ouessant y a vu une opportunité pour produire tout ou une partie de son électricité et vise à terme son autonomie électrique et son indépendance des énergies fossiles (fuel notamment). La commune de Pénestin (56) a été la première en Bretagne à investir en termes financiers et en ingénieries dans l’autoconsommation collective grâce notamment à la communauté des communes et aux SDE 56 (Syndicat d’électrification). Il s’agissait alors de produire de l’électricité à partir de panneaux photovoltaïques sur la toiture d’un atelier communautaire, électricité dont les entreprises voisines pouvaient être clientes. L’Ingénierie administrative complexe de ce dispositif d’autoconsommation collective a pu bénéficier ensuite à la commune de Langouët qui s’est engagée avec le SDEE 35 à produire de l’électricité pour ses habitants grâce à l’installation d’un tracker, sorte d’immense tournesol solaire qui suit la trajectoire du soleil. Ce dispositif de production a été mis au point par la société OK Wind de Vitré. 

Ce qui est simple dans ces dispositifs, c’est la production d’électricité locale produit localement, l’électron produit cherchant en effet à trouver un consommateur au plus près de la production. C’est  purement physique et non politique. Sauf que la possibilité récente qu’ont les communes de produire de l’électricité change considérablement la donne sur le plan des politiques communales. Tout projet urbain ou industriel peut décider de produire tout ou partie de l’électricité nécessaire à son fonctionnement. C’est un challenge considérable vers l’autonomie électrique des territoires, autonomie comprise comme la capacité de produire localement tout ou partie de la consommation locale. Tout en renforçant ses liens avec la Loire-Atlantique, fournisseur majeur des ressources électriques de la Bretagne à 4, la Région Bretagne en collaboration avec les SDE pourrait développer une politique offensive en associant la production d’énergies électriques locales dans tous les aménagements urbains, économiques ou agricoles. Cela ne suffira pas évidement à produire toute l’énergie électrique nécessaire, mais l’avantage est d’espérer que le consommateur maîtrise mieux sa commande d’énergie auprès d’un opérateur public local ou d’un collectif citoyen. Il y a intérêt d’un point de vue économique : moins consommer et acheter moins cher. Comprendre et donc maîtriser sa consommation devient de plus en plus facile pour le consommateur qui le souhaite. L’électricité peut elle pour autant devenir  moins chère ? Pour l’heure, les opérations de Langouët et de Pénestin montrent que le prix du kwatt / h n’augmente pas contrairement aux autres opérateurs. Il sera intéressant d’observer la capacité à terme des communes productrices d’électricité à conduire ou non une politique sociale de l’électricité à destination des personnes en situation de précarité électrique dans notre région Bretagne. Un enjeu majeur !

Daniel CUEFF

7 réponses

  1. Complètement d’accord avec cet article. Chacun doit produire au maximum ce qu’il consomme : chauffe eau solaire, volets solaires etc… ça fonctionne très bien chez moi depuis une dizaine d’annees Sans aucun soucis. Consommer le moins possible et produire le plus possible en autonomie avec des systèmes simples. Réserver les grandes productions pour l’industrie et les grandes villes

  2. éolien si les anciennes éoliennes, sont recyclables. aux USA il les enfouisse.
    osmose inverse (en etude)
    éolien marin ca fonctionne pas
    photovoltaique : silicium enrichi n’est pas recyclable= futur pollueur
    tokamak(fission et non fusion de l’atome) cadarache(à l’étude)
    bio masse – si accident comme à crozon été 2020- pollution des nappes phréatiques sur quasi 1/2 départements à l’ammoniac
    hydroélectricité = c’est un choix. on inonde des vallées entiers

  3. Bonjour , il me semble que la question énergétique est un problème principalement technologique. La base pour raisonner sur un tel sujet est de présenter un tableau prévisionnel des consommations et des sources d’énergie disponibles en tenant compte des productions aléatoires et constantes. je trouve que ce type d’article très imprécis . Le débat devrait porter de mon point de vue sur l’aide à la recherche et développement pour trouver les solutions les plus efficientes. Quelles solutions technologiques permet l’équilibre carbone en Bretagne ? Merci de nous l’exposer. Une fois exposé , merci de nous présenter la courbe de raccordement de la situation actuelle à la situation cible. Voila ce que j’aimerai trouver dans un programme politique . Pour l’instant ,je ne trouve cela nulle part…

  4. J’ai hésité à commenter cet article. Depuis presque 20 ans dans les « énergies renouvelables », j’y suis rentrée par conviction à l’époque, je fais partie de l’équipe technique qui a monté les premières machines capables de délivrées plus d’1 MW de puissance dans l’hexagone. Pendant toutes ces années et encore aujourd’hui je continue quand même à me questionner sur le sujet. Aujourd’hui mon point de vue à fondamentalement évolué, totalement inaudible j’en ai bien conscience. Je ne parlerais pas de solution, trop tôt, je commencerai plutôt par un peu de « debunkage. »

    Les discours entendus sur le sujet sont créateurs d’illusions, donnent bonne conscience et finalement font croire que des solutions existent. Solutions basées sur la technologie or technologie n’est pas énergie.

    La réalité est bien plus crue, la transition énergétique n’existe pas. Dans un système qui ne jure et ne peut que continuer que par la croissance toute économie d’énergie faite dans un secteur est utilisée pour en développer un autre. Ainsi un prix de l’énergie renouvelable compétitif fait que cette énergie est utilisée pour extraire des énergies fossiles alors qu’avec un prix plus élevé elles seraient restées dans le sol, c’est le cas d’une plateforme pétrolière et le sujet intéresse les exploitants des sables bitumineux.

    Autre point, avec les « énergies renouvelables », le stress sur les énergies fossiles se déplace sur les métaux. Donc pour une production locale il faut ouvrir des mines locales, je vous renvoie à l’opposition générée il y a quelques mois lorsque qu’une société voulait exploiter des mines en Bretagne.

    Je pourrais aborder bon nombre d’autres points, je terminerai par un dernier. Récemment un projet éolien dans La forêt de Lanouée a donné lieu à des articles dans la presse. Cas intéressant, que révèle t-il ? Sous couvert « d’énergie renouvelable » on est prêt à bousiller au forêt, un éco-système pour en réaliter perpétuer le business as usual. C’est l’épopée de Gilgamesh qui se répète, le plus ancien récit par écrit qui soit parvenu jusqu’à nous. Que raconte t-il ? Un roi voulait construire une ville, pour cela il devait abattre une forêt. Mais déjà à l’époque on savait que la déforestation générait sécheresse et instabilité des sols. Alors pour se donner bonne conscience on se raconte des histoires, et on raconta que la forêt était habitée par un démon, on put abattre la forêt et construire la ville.

  5. Pourquoi vous acharnez vous à parler d’une Bretagne à 4 départements ? Est ce à dire que vous vous couchez devant un simple décret du gouvernement de Vichy ou que vous admettez sans barguigner la décision d’un Hollande prise sans aucune concertation avec les populations concernées ?
    On vous croyait plus courageux et moins conformistes.

    1. Bonjour
      Merci pour votre message
      Justement non, si vous lisez bien le texte nous intégrons en Bretagne le 44 pour analyser la question énergétique qui change singulièrement d’approche
      Vous pouvez par ailleurs retrouver mes positions très fermes sur la Bretagne A5 et c’est pas d’aujourd’hui
      Cordialement
      Daniel Cueff

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Accord programmatique

Les Bretonnes et les Bretons qui sont allés voter dimanche ont validé le projet proposé par Loïg Chesnais-Girard et ont aussi exprimé leur volonté de voir l’écologie issue d’une dynamique citoyenne prendre une place plus importante.

Loïg Chesnais–Girard pour la liste La Bretagne avec Loïg et Daniel Cueff pour la liste Bretagne ma vie ont élaboré un accord qui s’appuie sur des dynamiques communes qui enrichissent le projet initial.

Cet accord concerne les apports spécifiques de Bretagne ma vie :

  • Un plan de refus de la misère et la précarité.
  • Une alimentation durable pour les lycées.
  • Une politique de santé et de sécurité sanitaire.
  • Un « Plan Marshall des langues ».
  • Une politique maritime globale.
  • Une accélération de la recherche de solutions avec les agriculteurs.
  • Un plan « abeilles ».
  • Une politique massive de rénovation thermique de l’habitat breton.
  • Un office foncier régional solidaire.
  • Création d’un indicateur économique alternatif au PIB.
  • Un plan mobilité global.
  • Une Chambre citoyenne régionale.

Daniel Cueff 

Loïg Chesnais Girard