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Les enjeux et les débats autour du numérique

4 mars 2021
Les enjeux et les débats autour du numérique

Le numérique et les réseaux représentent un enjeu clé pour la Bretagne selon plusieurs axes. C’est un enjeu économique, social, environnemental mais aussi un défi en matière de sécurité voire de souveraineté. 

Le poids économique du numérique et des télécoms

Le numérique représentait près de 50 000 emplois en Bretagne en 2015 (3,6% des emplois)[1], avec un poids important du bassin Rennais (53,7%) devant Brest (13.7%) et Lannion (7,9%). Les salariés du domaine sont souvent cadres, avec des rémunérations élevées, en CDI et à temps complet. C’est donc un pilier important de l’économie bretonne et en particulier le secteur des TIC qui regroupe 67% des emplois du domaine (Informatique, Télécommunication et fabrication notamment).

Le maintien et la féminisation (seulement 28%) de ces emplois, notamment à Lannion sont des enjeux majeurs pour la Région. Si le secteur des équipementiers télécoms continue de perdre des effectifs (Nokia), les domaines des datas en particulier, de la cybersécurité et de la cyberdéfense sont en pleine expansion. Le déploiement de la fibre optique représente aussi un levier de créations d’emplois sur les 5 prochaines années.

Concernant l’industrie et les équipementiers télécoms, il existe une tendance de fond aujourd’hui qui consiste à « virtualiser » les systèmes. Un équipement ne sera plus « une boîte » designée et dédiée à une fonction mais s’appuiera sur du matériel générique (un peu comme un ordinateur) sur lequel on vient déposer un software et qui fonctionne dans une architecture complète avec contrôleur centralisé. La virtualisation ouvre donc potentiellement une porte pour relocaliser la production d’équipement puisque finalement la valeur ajoutée se trouve dans le logiciel.

Le développement du télétravail, de la dématérialisation et l’importance du numérique dans la relation client ou dans le marketing vont imposer une mutation importante à l’ensemble de l’économie. Les entreprises auront donc besoin de salariés formés mais aussi d’experts en transition numérique[2].

Enfin, la Bretagne est une terre de recherche et de formation dans le domaine (dont B-Com). La Bretagne forme actuellement près de 9 000 ingénieurs dont beaucoup dans des métiers du numérique ou connexes (Supélec, INSA Rennes, ENSSAT Lannion, ESIR Rennes, ENI Brest, ENST Bretagne, etc.).


[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4245666

[2] https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/formation-la-mutation-numerique-cree-de-nouveaux-emplois-en-bretagne-5561262

La Bretagne compte plusieurs domaines d’excellence : cyberdéfense, images 3D, réseaux fixes et mobiles et internet du futur.

Un premier défi : favoriser l’émergence de nouvelles PME innovantes sur tout le territoire 

L’égalité face au numérique, une utopie à défendre

Le premier facteur d’inégalités est l’accès au haut-débit et au très haut-débit. La fracture qui existait en Bretagne entre des zones rurales, mal desservies, et des zones urbaines denses est en train de se résorber. Le projet breton actuel qui vise 100% de la Bretagne fibrée en 2026, a ciblé en priorité les zones d’ombres. Soyons réaliste, le planning de ce projet est intenable notamment du fait d’un manque de ressources humaines sur le terrain. Néanmoins l’ambition est là !

Concernant le mobile, ce sont les opérateurs privés qui équipent le territoire avec évidemment des disparités. La 4G est présente partout sauf dans les monts d’Arrées, et quelques zones de l’Argoat et au nord du Blavet.  (Voir 5G ci-dessous).

Les disparités en terme de maîtrise du numérique sont énormes entre un gamin de la génération Z et ses grands-parents. Soyons réalistes là aussi, les anciens qui n’ont toujours pas adhéré ou qui « galèrent » face aux ordinateurs, tablettes et smartphones, n’y arriveront pas seuls. Il leur faudra donc un soutien, souvent intrafamilial, pour limiter l’impact d’une société de plus en plus dématérialisée. Continuer à former et à accompagner la génération qui arrive à la retraite aujourd’hui est néanmoins indispensable.

Même si les jeunes sont des « utilisateurs » habiles et permanents des outils numériques, peu d’entre maîtrisent techniquement le domaine (réseaux, programmation, configuration de PC, développement d’applis etc…). Compte-tenu de son pedigree dans le domaine, la Bretagne aurait intérêt à favoriser l’intérêt des jeunes pour ces technologies et ce domaine, et à développer leurs compétences, pour qu’ils aillent au-delà de la simple utilisation, d’autant plus que les filières scientifiques attirent de moins en moins. Evidemment, ces efforts doivent porter sur l’open source et les logiciels libres. Tous les petits bretons n’imiteront pas Yves Guillemot (Ubisoft) ou Matthieu Beucher (Klaxoon) mais il est toujours utile de faire naître des vocations !

Un deuxième défi : faire des jeunes bretons des technophiles et continuer à favoriser l’égalité d’accès au numérique

Le numérique, problème ou solution pour la soutenabilité ?

Le poids environnemental du numérique est de plus en plus préoccupant. Contrairement à l’intuition qui voudrait que le télétravail par exemple ou la dématérialisation réduisent notre empreinte écologique (ce qui est partiellement vrai), l’Internet, pour simplifier, représente 4% des émissions de GES (Gaz à effet de serre) en 2020, notamment du fait des modes de production d’électricité (le trafic aérien civil, c’est 2%). Cet impact négatif est en constante augmentation et cela ne va pas changer dans les années à venir. Un internaute moyen c’est environ 200 k de GES, 3000 litres d’eau et 350 kwh par an en France !

A cela, il convient d’ajouter les déchets et les matériaux qu’on trouve dans nos appareils électroniques. L’ONG Basel Action Network estime que l’EU exporte 350 000 tonnes de déchets DEEE vers les pays en développement. Et c’est sans oublier la question des terres rares dont une proportion non négligeable est mobilisée pour la fabrication des appareils électroniques.

Il y a aussi la question des ondes et de la pollution électromagnétique. Il y a beaucoup de bruit autour de cette question mais il n’en reste pas moins vrai que l’accumulation des ondes dans notre environnement immédiat ne peut pas être bon pour notre santé.

Le déploiement de la 5G est, par rapport à tous ces sujets, très décrié. Même si on se dirige vers un consensus sur le fait que la 5G n’est pas plus nocive pour notre santé que la 4G déjà déployée, la 5G va entraîner une augmentation nette de la consommation d’énergie liée aux réseaux mobiles. Pour plusieurs raisons : 1) chaque antenne est plus performante mais la portée étant plus faible, il faudra plus d’antennes, 2) comme pour toute nouvelle technologie, la disponibilité fait l’usage autant que l’inverse, donc la consommation de numérique va augmenter même si la 5G peut remplacer ici ou là l’accès fixe des étudiants par exemple, 3) La superposition des technos : en effet, le déploiement de la 5G n’entraînera pas la disparition des anciennes technos. C’est un réseau supplémentaire. 4) la 5G ouvre la porte à l’apparition d’une multitude d’objets connectés. 6) qui dit nouvelle technologie, dit nouveau smartphone … Sur ce sujet, il conviendrait  de s’en tenir aux faits et d’éloigner toutes les théories complotistes et insister sur le recyclage des appareils anciens, sur la protection des personnes et sur l’engagement pris par les opérateurs (notamment Orange) d’être globalement neutre en carbone en 2040 (y compris la 5G donc). Une entreprise voudra toujours faire du profit en déployant vite, largement et rapidement les nouvelles technologies. Il faut, par contre, les mettre face à leur responsabilité sociétale de manière globale : si vous ajoutez ici, vous retirez ailleurs … 


Un troisième défi : Atteindre l’exemplarité et la sobriété du numérique en Bretagne

Souveraineté, liberté, sécurité : quels dangers ?

L’une des tendances de fond des entreprises aujourd’hui, à l’échelle mondiale, consiste à basculer vers une valorisation (à outrance) des datas. Beaucoup d’entreprises collectent des données sur leurs clients ou leurs cibles (donc sur tout le monde), vendent ces informations (facebook par exemple), les utilisent à des fins de marketing, d’e-commerce, etc… Le « big data » est pourtant très intrusif par rapport à la vie privée.  Au-delà de ces enjeux, les data centers sont aussi des gouffres énergétiques (voir ci-dessus).

Loin de collecter des données sur les citoyens, les pouvoirs publics sont, eux, de plus en plus tenus, et c’est tant mieux, d’ouvrir leurs données. Un document, une donnée, une archive publique doivent être mis à disposition du public. Ces données permettent aussi l’expression de l’intelligence des habitants et le contrôle citoyen sur l’action publique. La Région et Mégalis doivent être exemplaires et moteur sur ce sujet auprès des collectivités.

Autre domaine en plein développement : l’intelligence artificielle. L’IA est encore assez embryonnaire aujourd’hui mais elle pourrait à terme, représenter une source de danger sur deux aspects : l’emploi et la liberté. L’emploi parce que l’IA pourra peut-être remplacer les architectes, les banquiers, une partie des ingénieurs, etc. Elle pourrait provoquer le même type de substitution pour les métiers intellectuels que ce qu’ont connu les professions manuelles avec la robotique. La liberté, parce qu’évidemment, sans tomber dans des scénarios à la Terminator, l’IA peut être utilisée par certains pays ou certaines entreprises à mauvais escient, sans parler de la tentation pour certains de créer un « surhomme » qui serait guidé tout au long de sa vie dans ses choix par un « google » plus intelligent et conscient que lui de « ce qu’il lui faut » : orientation professionnelle voire vie amoureuse. Utopique ? Pourtant les algorithmes des applications de rencontre, qui prédéfinissent des « match » sur des profils de personnes totalement inconnues l’une pour l’autre, préfigurent déjà un peu ce type de chose … La Bretagne n’est pas très présente aujourd’hui sur l’IA. 

La cybersécurité, sur laquelle la Bretagne est en pôle position, est un enjeu majeur. Economique pour nos entreprises, comme démocratique pour s’assurer par exemple, que les données médicales ou bancaires de nos concitoyens soient à l’abri, ou que les élections ne sont pas truquées. A l’échelle de la région, c’est essentiellement un pôle d’excellence à renforcer.

Il existe aussi un problème de concentration du trafic Internet : la « Data Center Alley » en Virginie, revendique que 70% du trafic mondial y transite[1]. Malheureusement, la capacité d’une région française à échapper aux GAFA et notamment Google est réduite. Généraliser dans les collectivités et les écoles, via Megalis Bretagne, l’usage des logiciels libres, des moteurs de recherche éthiques (Qwant par exemple) et « dégoogliser » l’internet en s’appuyant sur des plateformes open source comme Framasoft seraient des premiers pas dans la bonne direction. 

Former les jeunes parents et les enfants aux dangers et aux possibilités du numérique, des réseaux sociaux et des écrans (addiction notamment aux réseaux sociaux et aux jeux, problème de concentration et d’apprentissage, a-socialisation, cyberharcèlement, hacking,  complotisme sur les réseaux sociaux, pédocriminalité, etc.) serait un plus. A Vitré, nous avions proposé de créer une « école de parents » afin de former les jeunes et les familles. La Bretagne pourrait être pionnière dans le domaine.


Un quatrième défi : être à la pointe de la sécurité et du respect des libertés numériques, en Bretagne

[1] https://www.lepoint.fr/environnement/l-impact-insoupconne-du-numerique-sur-l-environnement-17-05-2019-2313237_1927.php

Nicolas Kerdraon

4 réponses

  1. Bonjour Mr Kerdraon,
    Dans votre présentation des acteurs de la formation au Numérique vous vous concentrez sur l’axe Bretagne Nord et vous ne mentionnez pas l’axe Bretagne Sud. Il y existe pourtant des acteurs importants tels que l’ENSIBS pôle d’excellence en Cybersécurité à Vannes/Lorient, ou l’ENI à Quimper qui forme aux métiers de Concepteur/Développeur Informatique. Dans le domaine des solidarités Digiskol à Lorient, porte d’entrée pour des demandeurs d’emploi vers des formations diplômantes dans le numérique. Les exemples ne manquent pas pour compléter votre panorama et démontrer que le Numérique est une force et un atout pour l’ensemble de la région.

    1. Tout à fait juste. Mon historique personnel m’a amené à fréquenter plutôt le Nord du Pays. Merci pour vos compléments.

  2. Bonjour,

    Vous parlez de « dégoogliser » l’internet, pourtant votre site utilise les outils google de statistiques.

    Il existe Matomo en outil open-source qui permet de faire à peu près le même usage.

    Vous citez Framasoft, vous pourriez citer les chatons, « CHATONS est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. », réseau initié par Framasoft.

    Enfin vous pourriez utiliser des réseaux sociaux et outils plus libres, comme Mastodon (équivalent twitter), peertube pour les diffusions vidéos / live …

    Librement,

    1. Bonjour Jacques Olivier,
      Merci pour votre commentaire. Pour tenter de répondre au mieux à vos remarques constructives :
      Nous utilisons bien Matomo Analytics pour notre site.
      Nous ne connaissons pas les « CHATONS » nous allons nous pencher sur la question.
      Nous ne connaissons pas non plus Mastondon ou Peertube mais vous comprendrez aisément qu’il est difficile pour nous qui sommes sans parti d’avoir toutes les ressources nécessaires pour utiliser tous les réseaux présents. A cet effet, seriez-vous intérresser de mettre en place et animer les réseaux que vous citez ? Si oui merci de bien vouloir prendre contrat avec Loïc sur contact@bretagne-ma-vie.bzh.
      Merci et à bientôt !

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Accord programmatique

Les Bretonnes et les Bretons qui sont allés voter dimanche ont validé le projet proposé par Loïg Chesnais-Girard et ont aussi exprimé leur volonté de voir l’écologie issue d’une dynamique citoyenne prendre une place plus importante.

Loïg Chesnais–Girard pour la liste La Bretagne avec Loïg et Daniel Cueff pour la liste Bretagne ma vie ont élaboré un accord qui s’appuie sur des dynamiques communes qui enrichissent le projet initial.

Cet accord concerne les apports spécifiques de Bretagne ma vie :

  • Un plan de refus de la misère et la précarité.
  • Une alimentation durable pour les lycées.
  • Une politique de santé et de sécurité sanitaire.
  • Un « Plan Marshall des langues ».
  • Une politique maritime globale.
  • Une accélération de la recherche de solutions avec les agriculteurs.
  • Un plan « abeilles ».
  • Une politique massive de rénovation thermique de l’habitat breton.
  • Un office foncier régional solidaire.
  • Création d’un indicateur économique alternatif au PIB.
  • Un plan mobilité global.
  • Une Chambre citoyenne régionale.

Daniel Cueff 

Loïg Chesnais Girard