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Pour la création d’un Office breton des ressources naturelles

6 mai 2021
Pour la création d’un Office breton des ressources naturelles

Cet office serait le moyen pour la puissance publique régionale d’encourager une approche globale et intelligente de la production de ressources naturelles alimentaires en Bretagne.

L’intelligence collective et les ressources naturelles sont les deux trésors de notre pays. Pour faire face aux temps incertains qui s’annoncent, nous devons apprendre à les mobiliser ensemble pour élaborer une méthode de gestion globale en mesure de répondre aux défis environnementaux et humains de ce nouveau siècle.

La Bretagne produit des matières premières alimentaires qui sont directement consommables ou transformées. Elle a longtemps parié sur un modèle productiviste où l’objectif était de produire au plus bas coût des protéines animales grâce à l’importation massive d’intrants ou de transformer le lait en produits bas de gamme comme des fromages industriels. 

L’emmental breton illustre ce schéma quand notre pays fournit près de la moitié de la production hexagonale de ce fromage qui est un des moins cher du marché à 4,60 le kg, soit moins que les 5,82 € de décembre 1998, à l’époque considéré comme un des prix les plus bas dans son historique.

Le porc de son côté, avec des prix qui tournent autour de 1,40 € le kg (après avoir connu une embellie en 2020), joue un rôle crucial en Bretagne en assurant plus de la moitié de la production hexagonale et alimentant une puissante industrie de l’aliment et de la transformation. 

On peut aussi mentionner le poulet et les œufs comme autres productions intensives de nature plus industrielle qu’agricole.

À côté des activités terrestres, la pêche et l’aquaculture sont également un secteur important dans la fourniture de matières premières alimentaires dans une gamme de qualité supérieure. Ici les défis sont de nature différente. Les risques liés à la dégradation de l’environnement, au déclin des prises et à la restriction des zones de pêche (Brexit) constituent des menaces sérieuses pour ce secteur dans un avenir proche.

Aujourd’hui, il est facile de manifester contre l’élevage intensif en oubliant le rôle qu’il a joué dans le développement du monde agricole et de différentes industries tout comme il est aisé de stigmatiser les marins pêcheurs par des campagnes médiatiques dénonçant leurs techniques de capture.

La Bretagne a tout à perdre en opposant les filières les unes aux autres, les « vertueuses » contre les « industrielles ». Elle a tout à gagner en encourageant la création d’une dynamique nouvelle qui permette l’évolution en douceur des secteurs les plus productivistes vers des modèles plus haut de gamme.

À titre d’exemple, l’arrivée progressive de l’Ukraine dans l’espace économique européen et qui, sait, un jour dans le marché unique, va changer la donne. Déjà ce pays inonde l’Union européenne de découpes de poulet à des prix très bas que jamais la Bretagne ne pourra atteindre et une éventuelle explosion de la production de porc sur ce territoire n’est pas à exclure.

Comme le rappelle le manifeste de Bretagne ma vie, la pérennité des filières dépend de leur aptitude à s’adapter aux crises et à intégrer l’esprit de l’indicateur régional de prospérité durable.

La création d’un Office breton des ressources naturelles, pour engager la puissance publique dans cette réorientation en profondeur de la capacité de notre pays à générer et à transformer des matières premières alimentaires, est une priorité.

La raison d’être de cet office breton n’est pas d’instaurer un étatisme régional au service d’une vision idéologique de la production agricole et maritime. Bien au contraire. Son rôle sera d’informer, d’inspirer, d’encourager et d’accompagner.

Le modèle de gestion que nous proposons est inédit. Il s’appuie sur la créativité et l’esprit d’initiative des Bretons tout comme l’a fait le Celib en son temps.

L’Office lancera des appels à solutions pour solliciter les forces vives de la Bretagne et stimuler notre ressource la plus précieuse : l’intelligence de nos compatriotes.

L’Office breton des ressources naturelles se veut une instance d’un mode de fonctionnement totalement novateur.

En charge des ressources, il ne peut ignorer le contexte climatique et environnemental. Son intervention permet de s’assurer que tous les acteurs intègrent bien les nouvelles priorités car nous vivons tous sur un même territoire et sommes confrontés aux mêmes défis.

Lieu de discussion où les différentes parties sont représentées, l’Office cherchera à trouver des solutions communes en faisant jouer la solidarité et la collaboration.

Par exemple, l’ostréiculture souffre de pollutions ponctuelles qui proviennent de traitements des eaux mal maîtrisés. 

L’élevage à haute densité génère des effluents qu’il s’agit de prendre en charge dans les meilleures conditions de coût sans impacter le milieu.

Certaines pratiques agricoles laissent une empreinte sur les sols, les nappes phréatiques et les eaux de surface qu’il s’agit progressivement d’éliminer.

Si la situation d’un secteur se dégrade de manière préoccupante, l’office peut lancer en urgence un appel à solutions. Prenons l’exemple de la pêche.

Comment développer de nouvelles filières d’aquaculture en mesure d’accueillir des marins en reconversion, sans pour autant impacter le milieu et accroître l’artificialisation des sols ?

L’Ifremer a étudié les systèmes faisant appel à la recirculation de l’eau (de mer ou douce) qui peuvent se révéler des pistes intéressantes.

Comment fournir une nouvelle génération d’aliment à ces futures fermes aquacoles sans pour autant utiliser des poissons sauvages ? 

Des substituts à base de protéines végétales sont en plein essor. Faisons un appel à solutions pour que nos agriculteurs et les industries de l’aliment produisent ces ressources dont l’aquaculture aura de plus en plus besoin.

Comment faire en sorte que ces nouvelles industries se développement sans pour autant contribuer à l’artificialisation des sols ?

Architectes et urbanistes peuvent apporter leur expertise pour imaginer une nouvelle génération de bâtiments à multiples usages permettant de recycler des friches industrielles ou agroalimentaires (anciennes étables ou porcheries à l’arrêt).

Les sujets de réflexion sont nombreux et les axes de développent à choisir en concertation avec les différents acteurs de l’agroalimentaire breton sans oublier la grande distribution qui est un protagoniste dont la participation est cruciale pour garantir le succès de ces solutions innovantes.

Ensuite, l’Office peut jouer un rôle décisif dans la constitution des dossiers de financement sans lesquels les professionnels auront du mal à démarrer les projets au moins durant la phase expérimentale.

La Bretagne a vocation à entrer dans une nouvelle phase de son développement. Notre destin est de devenir un territoire pionnier en Europe pour l’exploitation intelligente de ses ressources naturelles et l’Office breton des ressources naturelles peut se révéler l’acteur indispensable de cette révolution.

Une réponse

  1. Bonjour,
    Le temps est une donnée fondamentale pour la mise en forme d un projet: projet de vie, projet petit ou grand, projet collectif.
    Il y a une donnée , auparavant stable …, qui ne l’est plus .. Il faut intégrer cela : la dégradation climatique était lente, elle s accélère et devient vraiment rapide..
    2 °C en moyenne , en plus : nos projets doivent d ores et déjà l’intégrer :
    « La maison brule » disait un roi français :
    TOUT projet doit être étudié à l’aune de cette accélération de la dégradation de nos conditions bretonnes de vie…
    Le neo CELIB , ok… On luttait contre un phénomène de mise a l écart de la Bretagne : son arrêt économique… Mais là : c est bien diffèrent ,voir un malaise inverse!
    Soyons « franc »… ou plutôt breton : ne nous cachons derrière le petit doigt du glorieux passé 😉

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