Actualités

Quelle place de la Région Bretagne dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

18 mars 2021
Quelle place de la Région Bretagne dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

L’enseignement supérieur et la recherche : un outil stratégique pour l’accompagnement des transitions à venir

Le développement de l’enseignement supérieur et de la recherche est un enjeu majeur pour l’avenir de la Bretagne pour accompagner les mutations économiques et sociales de certains secteurs comme la pêche, l’agriculture, l’agro-alimentaire, mais aussi celui des transports et de l’industrie automobile. Cet impératif se produit à un moment fort où le dictat du changement climatique implique des changements de modèles pour concevoir l’innovation, produire et penser l’avenir. Des secteurs émergents comme les énergies renouvelables (éolien, hydrolien, biomasse), ceux liés aux secteurs de pointe comme les technologies de l’information et de la communication, les productions et la santé animales, les biotechnologies, l’économie maritime, ne se concrétiseront vraiment que s’ils sont pleinement accompagnés par des formations de pointe, la recherche de haut niveau et l’innovation. D’autre part, les sciences humaines et sociales auront un rôle majeur pour accompagner les mutations sociales en cours, parer aux effets du changement climatique sur l’emploi et l’environnement et pour conserver les caractéristiques du lien social qui est le point fort de notre territoire. Pendant longtemps la Bretagne a été terre d’émigration de ses forces vives. Si aujourd’hui, le niveau d’éducation des bretons a fortement augmenté et est cité en référence, la région peine à retenir ses étudiants en raison d’un déséquilibre de l’offre de formation de l’enseignement supérieur. Et ceci au profit des grandes concentrations de l’enseignement supérieur français, principalement parisiennes, produites par le centralisme multiséculaire. Enfin, la culture bretonne au sens large du terme est le marqueur de son originalité et de son identité, ciment de sa communauté de destin. L’enseignement supérieur et la recherche devront avoir toute leur part pour accompagner le renouveau de cette culture. Il en va de l’avenir de nombreux secteurs d’activité, bien au delà du seul secteur touristique. Si l’université de Bretagne est créée dès 1460 à Nantes par François II, duc de Bretagne, sa structuration après le rattachement de la Bretagne au royaume de France a été très lente. Il faut attendre la fin des années soixante pour constater son fort développement : création des universités Rennes 1 et Rennes 2 en 1969, de l’université de Bretagne occidentale en 1971 pour la libérer de la tutelle de celle de Rennes, et plus récemment en 1995, création de l’université de Bretagne sud. Si cet effort de rééquilibrage territorial du paysage universitaire est certain, le pôle rennais concentre les deux tiers de l’effectif universitaire et des moyens dédiés pour la recherche. 

Un paysage institutionnel marqué par l’emprise de l’Etat central

La Région Bretagne dispose d’un rôle mineur dans le domaine de la gouvernance de l’Enseignement supérieur et de la recherche, comme pour les autres Régions françaises. Car la France, au modèle hypercentralisé, est une exception dans l’ensemble européen. Si la Révolution ferme l’Université, accusée de corporatisme et jugée trop avide de ses privilèges, elle est de nouveau rétablie en 1806 par Napoléon Bonaparte. L’Université impériale jouit dès sa création du monopole de l’enseignement en France et se définit comme un système autoritaire centralisé. Chaque académie sera désormais gouvernée par un recteur, sous les ordres du Grand Maître, qui le nomme pour cinq ans et le choisit parmi les officiers de l’académie. L’organisation administrative de l’Université française repose toujours sur ce modèle bonapartiste. Dans les autres pays européens, l’Etat est beaucoup moins prégnant. En Allemagne, une loi de 1998 renforce les prérogatives des Landers en matière de gestion de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ils possèdent les pouvoirs de pilotage et de gestion de ces établissements, jusqu’au recrutement des enseignants.  En Espagne, la constitution de 1978 a mis fin à un système centralisé et étatique. Elle a affirmé le principe d’autonomie des universités et transféré aux communautés autonomes la plupart des compétences relatives à l’Enseignement supérieur. Celles-ci sont responsables de la programmation et du financement des universités et établissent les conditions dans lesquels les nouveaux établissements publics ou privés peuvent être créés. Et même en Italie où l’Etat a un rôle plus prépondérant, les Régions sont compétentes dans la formation professionnelle ou la formation technique supérieure ainsi que dans les formations post-secondaires courtes. Elles gèrent également les logements universitaires, les bourses d’études et la médecine préventive. En Bretagne, la loi sur l’Enseignement et la Recherche de 2013 a imposé d’en haut la mise en place de superstructures bureaucratiques, hypothéquant la réalisation de la fusion des deux Régions Bretagne et Pays de la Loire, sans concertation avec les populations concernées. Sans que les personnels de l’Enseignement supérieur de Bretagne n’aient été consultés, la communauté d’université et d’établissement Bretagne Loire (COMUE UBL) a ainsi été créée le 1er janvier 2016, plus grande COMUE de France. Elle a engendré une méga-structure très pyramidale rassemblant 160 000 étudiants, 17 000 personnels pour l’enseignement et la recherche et 250 laboratoires de recherche.  Alors que les enjeux de développement de notre territoire exigent réactivité et forte interaction entre forces économiques et politiques régionales pour penser une stratégie d’évolution des activités de l’enseignement supérieur et de la recherche, cette création a considérablement bureaucratisé, rigidifié et ralenti les capacités d’action de ces établissements. Comme l’exprime le syndicat des enseignants SNESUP « une superstructure bureaucratique de plus, éloignée des étudiants et enseignants, soumise à aucun recul critique aux exigences locales des collectivités et employeurs. Elle ne manifeste aucune vitalité démocratique. Ses Conseils aussi pléthoriques que sa composition, ne sont que des chambres d’enregistrement de décisions prises au dehors de toute collégialité universitaire ».  La COMUE Bretagne-Loire implose dès fin 2018, par l’intention des établissements rennais de quitter cet ensemble paralysant et de créer un nouveau pôle. Jean Peeters président à cette période de l’UBS (université Bretagne sud) illustre la situation : « Cela n’a pas fonctionné à cause de l’imposition d’un contour géographique qui n’était pas basé sur le projet ». La COMUE est dissoute le 4 novembre 2019 et remplacé par un simple GIP (groupe d’intérêt public). Parallèlement l’université de Rennes, englobant les universités de Rennes 1, Rennes 2, et cinq grandes écoles (ENSCR, ENS, sciences po Rennes, INSA et EHESP) tente de se reconstituer depuis cette date. Et pourtant, l’occasion a été ratée de rassembler un ensemble couvrant les quatre départements bretons et la Loire Atlantique. Projet qui aurait été fortement porteur de sens et aurait permis de valoriser les coopérations étroites qui relient les universités de Rennes, Brest, Vannes-Lorient et de Nantes. Cette situation est aggravée par la configuration très monarchique du système de l’Enseignement supérieur français, unique au monde : d’une part les universités qui doivent absorber à moyens constants et en libre accès la hausse régulière des effectifs étudiants de classes moyennes et populaires, d’autre part les Grandes écoles et écoles d’ingénieurs qui sélectionnent et deviennent le creuset de la reproduction sociale des élites. A titre d’exemple le budget par étudiant de l’ENS Rennes est dix fois supérieur à celui de sa voisine l’université de Rennes 2.  Enfin pour les étudiants eux-mêmes, poursuivre des études ne peut se faire aujourd’hui qu’en assurant parallèlement des petits boulots et en gérant au plus serré des moyens modestes pour faire face au renchérissement des loyers et du coût de la vie. 

Dans cet espace contraint, que conviendrait-il de faire pour la prochaine mandature ? 

Dans ce cadre très contraint, dans ce paysage où tout pouvoir de décision repose sur l’Etat central, la marge de manœuvre de la Région est particulièrement faible, alors que la situation sanitaire a mis en relief une configuration institutionnelle à bout de souffle. Sur quels leviers pourrait alors reposer les décisions de la Région pour une prochaine mandature ? 

Il conviendrait tout d’abord de peser dans le cadre national sur les rapports institutionnels pour parvenir à obtenir des modifications du système qui étouffe, enkyste l’enseignement supérieur dans un carcan d’un autre temps, producteur d’inégalités sociales en visant :

  • Un rééquilibrage des moyens entre universités et autres établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche pour réduire les fortes inégalités et permettre aux universités de remplir leurs missions de service public.
  • Le retour de la gestion de l’apprentissage confié aux branches professionnelles, outil important de pilotage du développement des emplois de demain.
  • Le droit à expérimentation des Régions pour obtenir les moyens et pouvoirs d’action permettant une véritable politique de la recherche pour son territoire, le développement des formations supérieures qui accompagneront les transitions professionnelles en cours.
  • Un soutien de la Région pour contrer toutes les mesures visant à la précarisation des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche et leur indépendance de pensée et de création. La loi de programmation pluriannuelle pour l’enseignement supérieur et la recherche votée fin octobre 2020 représente ainsi un recul fort dans ce domaine. 
  • Une exigence de rééquilibrage territorial de l’architecture de l’offre en matière de formations universitaire et de recherche au bénéfice de la Bretagne occidentale, nettement moins bien pourvue.
  • Un soutien à la création de l’université de Bretagne, permettant une plus grande interaction entre centres de formation et de recherche au bénéfice du développement social, humain et économique de notre territoire. Le rattachement du pôle nantais, à l’issue des modifications voulues par les citoyens bretons de rattachement de la Loire Atlantique à la Bretagne administrative. 

Dans un cadre plus spécifique d’une politique de la Région Bretagne en matière d’enseignement supérieur et de la Recherche, les actions suivantes pourraient être mises en oeuvre :

  • Un soutien de la Région aux universités et autres établissements supérieurs pour la mise en place de cursus de formation porteurs d’emplois durables dans les domaines jugés stratégiques par la création d’unités de formation en apprentissage (UFA), dispositifs gérés par la Région (licences et masters professionnels).
  • L’implication forte de la Région Bretagne dans le contrat de plan Etat-Région (CPER) 2021-2027, et sa renégociation afin d’accentuer un effort de remise à niveau prioritaire de l’immobilier des universités bretonnes et des équipements des laboratoires qui faciliteront l’innovation et la recherche pour les activités futures porteuses d’emplois durables. Il s’agit d’offrir aux personnels de l’enseignement, de la recherche et personnels administratifs, de meilleures conditions de travail.
  • Le soutien fort et déterminé au campus numérique breton, outil central et stratégique de liaison entre les différents pôles d’enseignement et de recherche de notre Région.
  • L’accompagnement de projets visant à développer la formation des enseignants de nos langues régionales, le soutien à la recherche sur ces langues, la culture et l’histoire de notre région. 

En direction des étudiants il s’agira de permettre de leur donner les meilleures chances de suivre leurs études et de faire profiter la région de leurs talents, à partir des actions suivantes :

  • Assurer la gratuité d’inscription en première année pour les étudiants sous conditions de ressources
  • Verser une bourse d’installation de 300 euros par étudiant de première année sous conditions de ressources, afin de faciliter l’entrée dans la vie étudiante et leurs conditions de vie pour acquérir de petits équipements pour le logement.
  • Contribuer de manière volontariste à la construction de logements étudiants, poste de dépense principal.
  • De donner une priorité à la mise en place de formations en alternance afin de permettre l’indépendance économique des étudiants, de diminuer les charges financières sur les familles et les doter de formations de qualités, débouchant directement sur de l’emploi. (développement des unités de formation d’apprentis, soutiens à la mise en place de contrats de professionnalisation).
  • De faciliter la mobilité des étudiants grâce à des tarifs préférentiels sur les lignes TER gérés par la Région.
  • De valoriser les productions étudiantes de haut niveau au service de l’avenir de la Bretagne : soutien au dispositif de financement de thèses comme les ARED (allocations de recherche doctorale). La Région pourrait également être à l’initiative du soutien d’une dizaine de projets de thèse, non pas sous forme d’appels à projet encadrés, mais sous forme d’appel à propositions. 
  • L’aide à la publication d’une dizaine de thèses par an, par la mise en place d’un jury mixte d’universitaires et d’élus régionaux. 

Loïc Brémaud, maître de conférences en formation des adultes et formation professionnelle jusqu’en octobre 2017, université de Rennes 2.

Laisser une proposition

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partager :
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Accord programmatique

Les Bretonnes et les Bretons qui sont allés voter dimanche ont validé le projet proposé par Loïg Chesnais-Girard et ont aussi exprimé leur volonté de voir l’écologie issue d’une dynamique citoyenne prendre une place plus importante.

Loïg Chesnais–Girard pour la liste La Bretagne avec Loïg et Daniel Cueff pour la liste Bretagne ma vie ont élaboré un accord qui s’appuie sur des dynamiques communes qui enrichissent le projet initial.

Cet accord concerne les apports spécifiques de Bretagne ma vie :

  • Un plan de refus de la misère et la précarité.
  • Une alimentation durable pour les lycées.
  • Une politique de santé et de sécurité sanitaire.
  • Un « Plan Marshall des langues ».
  • Une politique maritime globale.
  • Une accélération de la recherche de solutions avec les agriculteurs.
  • Un plan « abeilles ».
  • Une politique massive de rénovation thermique de l’habitat breton.
  • Un office foncier régional solidaire.
  • Création d’un indicateur économique alternatif au PIB.
  • Un plan mobilité global.
  • Une Chambre citoyenne régionale.

Daniel Cueff 

Loïg Chesnais Girard