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Un nouveau modèle agricole et agroalimentaire pour la Bretagne

11 mars 2021
Un nouveau modèle agricole et agroalimentaire pour la Bretagne

L’industrie agroalimentaire bretonne est la première de France concernant l’emploi et le chiffre d’affaires. Elle est principalement tournée vers l’industrie de la viande et l’industrie laitière. Il s’agit donc d’un secteur structurant pour l’économie mais aussi pour l’environnement en Bretagne. Mais le modèle breton est en crise : économiquement, socialement et d’un point de vue environnemental. « Ces crises font écho à la mondialisation de l’économie et à ses conséquences : volatilité des prix, concurrence accrue des pays tiers, différences de coûts de main d’œuvre, dépendance des marchés étrangers, coût des matières premières… Elles ébranlent la compétitivité internationale de nombreux secteurs traditionnellement organisés pour une production à faible valeur ajoutée et dont les débouchés à l’export, même s’ils sont minoritaires, pèsent lourdement sur les prix »[1]. Alors qu’un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, il est urgent de proposer un nouveau système.

L’agriculture et l’agroalimentaire : piliers de l’économie bretonne

En 2016, la Bretagne comptait 32 150 exploitations, dont 28 % spécialisées dans l’élevage laitier. La Superficie Agricole Utilisée (SAU) occupait, toujours en 2016, 62 % du territoire alors que cette part est de 45 % en France. 

En terme d’emploi, la filière agroalimentaire représente environ 8 % de l’emploi régional avec 55 000 d’actifs agricoles et 68 000 de salariés dans les industries agroalimentaires.

La Bretagne représente 22 % de la valeur des productions animales françaises (2016) et occupe ainsi le premier rang des régions. Les élevages hors-sol y sont particulièrement développés : 1er pour les porcs (56 % de la prod. Fr.), les veaux (21 %), les poulets de chair (33 %), les œufs de consommation (42 %), le lait (22 %). En aval de la production, la Bretagne est la première région d’abattage avec 40 % des tonnages nationaux. Elle emploie le quart des salariés français de ce secteur.

Il est important d’anticiper la régionalisation des aides de la PAC mais aussi la baisse de ces aides. 

La Bretagne se doit d’être pionnière dans la simplification administrative sur ce domaine ! L’argent qui vient de l’Union est aujourd’hui, dans le système bureaucratique français, largement gaspillé en administration et en gestion, sans jamais revenir aux premiers de corvée. 

Il conviendrait également d’abandonner le modèle des appels à projet pour adopter une méthode « bottom-up » où les structures collectives de producteurs, sur le terrain et dans les pays, seraient à l’initiative.

Un premier défi : transformer en profondeur les méthodes d’administration de l’agriculture pour les simplifier et gagner en horizontalité


[1] http://draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Synthese_reg_2018_cle01733f.pdf

Un lien agri-agro à réinventer

Les producteurs sont bien souvent pieds et poings liés avec une multinationale ou une grande coopérative qui maîtrisent, elles, les deux bouts de la chaîne : semence, matière première, matériel …. d’un côté, et achat des produits issus de travail de l’agriculteur de l’autre, en vue de leur transformation. Les agriculteurs se trouvent ainsi être les premiers « ubérisés » de la société : responsables de leur exploitation mais ne maîtrisant ni l’offre ni la demande et étant complètement dépendants de leur entreprise de tutelle sans en être les salariés.

Aujourd’hui le système fonctionne donc comme un entonnoir : les producteurs voient le fruit de leur travail leur échapper lorsqu’il est livré à l’industrie agroalimentaire, comme s’il se perdait dans un tunnel. L’industrie va utiliser cette « matière première » comme elle le souhaite, bien souvent en la décomposant (procédé de cracking), pour la valoriser de manière complètement opaque pour l’agriculteur (cosmétique, pharmacie etc.). De cette manière et grâce à son monopole, de fait l’industriel peut s’arroger la majeure partie de la valeur ajoutée extraite par cette matière première. C’est une des explications du fait que la valeur ajoutée agricole de Bretagne soit nettement inférieure à la moyenne nationale.

Pour que l’agriculteur puisse garder la maîtrise de ses produits, il faudrait qu’il puisse se porter garant du produit fini, issu de la chaîne de transformation. Il est également urgent de sortir d’un modèle financier où les agriculteurs, faute d’être rémunérés à la valeur de leur production, sont poussés à l’agrandissement et à l’endettement, bien aidés par les largesses accordées par les banques aux cultivateurs qui peuvent se prévaloir de la caution d’une grande multinationale de l’agroalimentaire. Revenons à un modèle d’entreprise classique où ce sont les recettes qui financent les investissements !

Un deuxième défi : réinventer le lien agri-agro pour raccourcir les circuits, augmenter la valeur ajoutée, rendre aux agriculteurs leur juste part de cette VA et en faire les garants du produit fini.

Se tourner vers l’avenir : jeunesse, formation, installation, reprises …

Dans 10 ans, 50% des agriculteurs actuels seront en retraite ou auront quitté leur activité.

La Bretagne forme actuellement en agriculture, 16 000 élèves et plus de 2000 apprentis[1].

Et si, pour changer de modèle, la Bretagne se dotait d’une filière d’école d’agronomie propre, enseignant des méthodes soutenables et défendant un modèle économique pérenne ? 

Et le bio ? La Bretagne occupe le 6e rang des régions françaises tant pour son nombre d’exploitations bio (2 400 en 2016) que pour la part de sa surface dans la SAU (6 %). Compte-tenu du grand nombre de départ à la retraite prévu dans les prochaines années en Bretagne, il est urgent de préparer l’installation de jeunes et tout particulièrement de flécher les aides sur les projets bio qui offrent la meilleur garantie de qualité et d’innocuité pour le consommateur, et de valorisation pour l’agriculteur, même si la distribution et les transformateurs s’approprient de plus en plus la plus-value. Dans la phase de transmission, il serait également intéressant de financer les cédants afin qu’ils assouplissent les conditions de reprise des fermes. 

L’obtention de la certification bio est parfois très complexe et de toute façon périlleuse sur la période de conversion, d’autant plus que le bio est gourmand en foncier. Pourquoi ne pas imaginer un label intermédiaire, qui associerait une IGP (Indication Géographique Protégée) et un cahier des charges exigeant notamment du point de vue environnemental ? Cela permettrait d’apporter un peu de souplesse dans les conversions, d’être ambitieux sur la soutenabilité du modèle, tout en alliant la puissance économique et sociale d’un label territorial. 

Pour transformer l’agriculture bretonne, il convient de soutenir financièrement les phases de conversion vers des systèmes responsables et bio, afin de compenser les pertes de rendements et inciter aux bonnes pratiques et à l’adhésion à des cahiers des charges ambitieux. 

Pourquoi ne pas imaginer un « compagnonnage agricole » comme cela existe dans le bâtiment, pour former et intégrer des jeunes directement auprès des professionnels actuels dont ils pourraient prendre la suite ? L’objectif serait de transmettre son savoir-faire, son savoir-être mais aussi la fierté du métier.

Un troisième défi : créer un nouveau modèle breton exemplaire d’un point de vue environnemental et économique, en agissant sur la formation, les conversions, les installations


[1] https://agriculture.gouv.fr/la-bretagne-region-de-traditions-entre-terre-et-mer

Environnement et agriculture

L’agriculture c’est le vivant ! C’est-à-dire l’exploitation de l’environnement à des fins nourricières, vocation nourricière qu’il est d’ailleurs urgent de remettre en avant !

Le modèle agricole a donc un impact direct sur les sols, sur la qualité de l’air, sur la biodiversité, sur les ressources en eau et bien évidemment sur la santé des consommateurs !

Compte-tenu des caractéristiques de l’agriculture bretonne évoquées précédemment, son impact portera sur les problématiques à l’élevage et en particulier à l’élevage hors-sol (nitrates et algues vertes, ammoniac dans l’air, érosion des sols, émission de GES, …).

On voit ici que l’état écologique des masses d’eau est particulièrement préoccupant à l’Est (35, 44) de la Bretagne, et qu’il est globalement médiocre sur l’ensemble de la région. Les marées vertes se concentrant à l’Ouest et au Nord (29 et 22).

Les émissions d’ammoniac sont essentiellement d’origine agricole, et tout particulièrement liées à l’élevage et aux déjections animales. Elles sont en hausse de 3% sur la période 2008-2016.

L’artificialisation des sols représente un enjeu majeur pour la Bretagne : le maintien et le développement d’une agriculture durable nécessite de mettre un frein d’urgence à l’artificialisation des sols bretons qui est actuellement galopante. Entre 2010 et 2015, la Bretagne (à 4) a perdu 6 500 ha de terres agricoles et 9 800 ha d’espaces naturels à cause de l’artificialisation. Phénomène très marqué en Ille-et-Vilaine ! 

Il est urgent de taxer le foncier qui perd sa vocation nourricière. Par exemple, aujourd’hui, certaines multinationales achètent des terres agricoles afin d’y planter des arbres pour compenser leur empreinte carbone. 

Les agriculteurs sont des chefs d’entreprises : c’est à eux et à leur « Responsabilité Sociétale d’Entreprise » qu’il faut s’adresser. Le modèle productiviste décrit précédemment n’assure pas un revenu décent aux producteurs. L’équation écologique ne pourra se résoudre qu’en résolvant l’équation économique : plus de valeur ajoutée, territorialisation, labellisation et transformation en local dans une industrie agroalimentaire « artisanale ».

Un quatrième défi : rendre à l’agriculture bretonne la vocation nourricière et écologique qu’elle n’aurait jamais due abandonner 

Le monde agricole en souffrance sociale

Il existe aujourd’hui une fracture entre la société, de plus en plus « urbaine » et le monde agricole. Les cultivateurs se sentent à l’écart, parce qu’elles ou ils vivent dans la ruralité, parce qu’ils et elles travaillent souvent 7 jours sur 7 et sont finalement toujours « d’astreinte ».  Réinsérer les agriculteurs et renouer le lien avec le reste de la société passe aussi par une normalisation du métier d’un point de vue horaires, vacances et conditions de travail.

Nicolas Kerdraon et Christine Lairy

2 réponses

  1. Bonjour,
    Je regrette le manque de représentativité des îles dans cet article, par exemple les cartes. Car actuellement nous vivons une transition très intéressante après le scandale Lactalis. Sinon merci pour les informations. Très intéressant.

  2. Bonjour,
    Je suis surpris que vous n’utilisiez pas les derniers chiffres du nombre de ferme bio en Bretagne….Elles sont aux nombres de 3 600 au 1 janvier 2021 soit 33% de plus que 2016. Par conséquent, la SAU a été multiplié par 2 ce qui prouve que les centres de formation performant que vous appelez de vos voeux existent…
    Pour finir, la conversion de grosses exploitations vers l’agriculture biologique ( lait, porc, légumes ..) rends caduque toute hypothèse d’un fossé trop important à franchir et par conséquent non a venue l’émergence d’un nouveau label susceptible de brouiller La visibilité du consommateur

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Accord programmatique

Les Bretonnes et les Bretons qui sont allés voter dimanche ont validé le projet proposé par Loïg Chesnais-Girard et ont aussi exprimé leur volonté de voir l’écologie issue d’une dynamique citoyenne prendre une place plus importante.

Loïg Chesnais–Girard pour la liste La Bretagne avec Loïg et Daniel Cueff pour la liste Bretagne ma vie ont élaboré un accord qui s’appuie sur des dynamiques communes qui enrichissent le projet initial.

Cet accord concerne les apports spécifiques de Bretagne ma vie :

  • Un plan de refus de la misère et la précarité.
  • Une alimentation durable pour les lycées.
  • Une politique de santé et de sécurité sanitaire.
  • Un « Plan Marshall des langues ».
  • Une politique maritime globale.
  • Une accélération de la recherche de solutions avec les agriculteurs.
  • Un plan « abeilles ».
  • Une politique massive de rénovation thermique de l’habitat breton.
  • Un office foncier régional solidaire.
  • Création d’un indicateur économique alternatif au PIB.
  • Un plan mobilité global.
  • Une Chambre citoyenne régionale.

Daniel Cueff 

Loïg Chesnais Girard